Ce GN s'est déroulé les 24 et 25 août 2002 dans le Bois de Beaucel (Saint Ganton - Ille & Vilaine).
Bravo à tous les participants et merci à la Chasse Artus pour son campement magnifique, digne du Comte de Cernyw !


Erevos, Erevos, grand roi, glorieux guerrier, ô Dragon !
C’est ton fils qui t’appelle, ton fils en l'esprit, moi, Havgan Chant d’Eté !
Donne-moi l'épée de ta rage, couvre-moi du manteau de témérité !
Contre l’ombre de Baal étend ton bouclier !
Garde-moi de ses maléfices et de ses malédictions !


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CONTEXTE

Vème siècle après JC.

Les légions romaines viennent de quitter l'île de Bretagne afin de protéger Rome menacée par les Wisigoths. Les Bretons ont reçu en 410, leur dernière lettre de l'Empereur de Rome, dans laquelle Honorius leur dit de "veiller à leur propre défense". Tandis que les villes de l’île, berceaux du pouvoir économique et religieux, restent encore largement dominées par l’influence romaine, le pouvoir politique est divisé entre maints royaumes et comtés qui se disputent les vertes terres.

Vers le milieu du siècle, la Bretagne vit des heures sombres. Alors que des bandes saxonnes ravagent l'île, le Haut Roi Constant, fils de Constantin IV le Grand, est assassiné par sa garde picte. Il ne laisse pas d'héritier mais deux frères, trop jeunes pour régner. C'est Vortigern, son sénéchal, qui fait châtier les assassins et s'empare du trône. L'incident provoque une grave crise politique entre les bretons et les pictes. Ces derniers franchissent le Mur d'Hadrien et commencent à ravager les Marches du Nord.

Conscient de l'ampleur du danger, Vortigern se décide à demander le soutien militaire des Saxons, et fait appel à nombre de leurs mercenaires, venus du continent. Ceux-ci réclament des vivres et de l'or, mais contiennent, par la force de leurs armes, la menace picte. Les caisses bientôt vides, Vortigern n'a alors pas d'autre choix, pour nourrir l'appétit de ses féroces alliés, que de leur donner des terres. L'ire des Bretons s'enflamme quand plusieurs de leurs seigneurs sont dépossédés de leur domaine afin d’alimenter la rapacité sans cesse croissante des Saxons.

L'alliance britto-saxonne est cependant scellée par le mariage de Vortigern avec Ronwen, fille du chef saxon Hengist. Ce dernier est alors nommé roi du Ceint (Kent).

Dans les rangs des seigneurs bretons, la révolte gronde…

Le contexte religieux de ce Vème siècle est tout aussi trouble. Le clergé d'Avalon, druides et prêtresses dépositaires des vieilles traditions païennes, perd de plus en plus d'influence. Les missionnaires romains, charismatiques personnages faiseurs de miracles, font triompher l'Eglise de Rome à la cour de la plupart des princes et rejettent les anciennes coutumes au fin fond des campagnes.

Certains religieux chrétiens, cependant, fondent une nouvelle foi chrétienne, suivant l’enseignement du moine Pélagius.Moins dogmatique, mieux adaptée aux croyances du peuple, la doctrine pélagienne gagne nombre de sympathisants parmi les fidèles de la Vieille Foi. Face à cette menace, Rome dépêche sur place l’évêque Germain qui, à force de miracles et de prêches enflammés, parviendra à faire reculer cette nouvelle hérésie.

De fait, même condamnés par Rome comme hérésiarques, les moines pélagiens conservent encore une influence importante, notamment au pays de Galles.

Eté 455 après JC.

C'est dans ce contexte fort épineux que la Dame du Lac, figure emblématique du sanctuaire d'Avalon et gardienne de la Vieille Foi, en a appellé à une Assemblée des puissants du pays. Elle souhaitait plaider afin de réaliser l’unité militaire des princes face à la menace picte, et de négocier la paix religieuse. La rencontre eut lieu dans un ancien sanctuaire, au cœur de la forêt de la Morrigane, dans le sud du pays de Galles, sur les terres de Cernyw.

Vortigern, roi des Bretons, fut représenté par son fils, le prince Cadeyrn de Pengwern. Le duc de Cornouailles vint en personne, tandis que roi des Galles du Sud envoya son vassal, le comte de Cernyw. Le consul romain d’Aqua Sulis représenta le roi d'Ewyas. On prétend même que le roi de la mythique île de Lyonesse fut présent et, c'est un comble, qu'une délégation saxonne se montra ...

Un tel rassemblement de puissants personnages ne manqua pas d'attirer nombre de bardes venus démontrer leurs talents charmants, de religieux venus doctement débattre de leur foi, et aussi de plus étranges visiteurs...


LES CHRONIQUES D'EREVOS ...

En cet été 455, dans le Comté de Cernyw, l'Assemblée des princes de Bretagne, appelée par la Dame du Lac sous l'égide pacifique de l'ancienne fête de Lughnasad, fête de la lumière, du roi, des moissons et de la paix, faillit tourner au cauchemar sanglant à cause du complot des adorateurs d'Erevos, le dieu dragon des anciens cultes sanguinaires.

Sur fond de négociations politiques, commerciales et religieuses fort tendues, voici que les êtres faës de l'Anwynn firent irruption, voici que le heaume ancestral du Héros Dragon refit surface, voici qu'un mal ancien fut révélé ...

Dupés et volés par les adeptes d'Erevos, les Hommes firent pourtant face au dieu noir de l'ancienne Babylone et décidèrent de l'élection d'un nouveau roi, rejetant ainsi l'autorité de Vortigern, l'usurpateur.

Ainsi, Owen de Bretagne, le héros gallois, fut élevé à la dignité royale par les hommes et les faës réunis, et il terrassa finalement le héros dragon, emporté par la rage destructrice et la folie d'Erevos.


AMBIANCE

Rumeurs avant l'Assemblée --- Cornouailles

L’enfant n’a pas quitté la barrière de la journée.

Les yeux braqués sur la courbe du chemin qui serpente entre les collines de Maer Liyw, il a guetté les cavaliers et les oriflammes que l’on voit danser au-dessus des Pierres du Loup, au haut des lances.

Rien … pas même l’écho d’un sabot !

Pourtant messire Art, le maître de la Maison du Comte Marius, avait bien dit que les princes de Bretagne s’en viendraient par là, à la vigile du jour de Lammas, la Lughnasadh païenne.

Les ombres s’allongent comme le soleil devient rouge, allant se noyer vers l’ouest dans les nuages de la Mer d’Irlande. Un pas léger crisse dans la poussière du chemin, et l’enfant se retourne en souriant. C’est le père Padraig qui arrive du village pour sa promenade du soir.

- « Hé bien, mon garçon, les as-tu vu passer ? »

- « Non mon Père … juste un cavalier de messire le Comte ce matin, qui est passé à bride avalée ; je n’ai reçu de lui que poussière à manger ! »

- « Ha, les grands seigneurs sont ainsi, ils aiment à se faire attendre. Mais ne va pas veiller toute la nuit sur le bord de la route, je te veux reposé pour demain et attentif. »

- « Oui mon Père, je viendrai vous aider comme promis, à la pointe du jour. »

- « Il nous faudra prier avec ferveur en ce jour sacré de la Paix de Dieu et bénir les maigres récoltes que la pluie nous a laissé. Certains disent que les blés ont pourri parce que les hommes ont oublié les anciens dieux, mais je te le dis, en cette veille de Lammas, Dieu veille sur les siens … »

Le père Padraig s’est soudain arrêté de parler. Il écoute. L’enfant, descendu de la barrière pour accueillir le prêtre, escalade prestement le poteau. On entend une rumeur étouffée descendre des collines. Le crépuscule semble soudain résonner de mille clameurs quand, contournant les pierres dressées, une petite troupe de cavaliers surgit, resplendissant dans les derniers rayons du soleil couchant. La grande bannière noire à la croix blanche flotte fièrement dans la brise comme les cavaliers, armés en guerre, de mailles brillantes, d’épées et de lances aiguës, arrêtent leurs chevaux las au pied de la barrière.

- « Bonsoir à toi, le moine ! »

Un homme de belle prestance a sauté au bas de sa monture et apostrophe le prêtre. Vêtu d’un lourd manteau poussiéreux au dessus d’une superbe cotte de couleur vive, il secoue ses gants et reprend :

- « Je suis Scolan, messager du Duc Urbain de Cornouailles. Dis-moi, est-ce là la route du bois de la Morrigane ? Est-ce ici le village de Melwdh ? »

- « Bonsoir messire, je suis le père Padraig, le berger des âmes de ce village. Vous ne vous êtes point trompé : la route mène à la forêt, et Melwdh est le nom de cet endroit. Mais sans doute voudrez-vous camper ici pour la nuit … la route et la forêt ne sont guère sûres à la nuit tombée et toutes sortes de bêtes et de démons hantent le bois. Vous pourrez repartir demain, après la messe, je crois que le comte attend ses invités pour la midi. »

- « Merci prêtre, nous avons nos druides pour la fête de Lughnasadh, ainsi que nos propres … messes. Messire le duc souhaite voir le comte Marius au plus tôt, nous pousserons donc, malgré la nuit et ses dangers. Quelle distance encore ? »

- « Environ quatre lieues. »

- « Quatre lieues encore messire ! »

Scolan s’est retourné en haussant la voix en direction d’un homme plus âgé à l’air sévère et martial. Celui-ci pousse son cheval et approche dans un léger bruissement de mailles.

- « Le bonsoir ! Je suis Durdan de Yeovil, sénéchal du duc. Dis-moi, quelque autre prince est-il déjà passé ? Avez-vous vu des Saxons ? »

- « Non seigneur, aucun n’est passé … et j’ai veillé tout le jour depuis l’aube ! Vous êtes les premiers ! »

La voix grêle de l’enfant, pleine de véhémence, fait sourire les soldats. Le sénéchal lève la tête vers le haut du poteau que l’enfant tient à plein bras, puis se retourne vers ses hommes.

- « Je m’en doutais. Ce prince Cadeyrn a la santé fragile et se fatigue vite, il a préféré s’arrêter à Pontypridd pour la nuit. Quand au consul Claudius, il a du s’arrêter avant la nuit, ces citadins ramollis ont peur de dormir hors de leurs remparts… »

- « Seigneur … Gare à la Main Noire ! »

L’enfant a presque chuchoté le nom. Seuls le prêtre et les deux Cornouaillais ont entendu ses mots. Le vieux sénéchal fronce les sourcils.

- « De quoi parles-tu, enfant ? »

- « Ho, rien de bien sensé messire … Une rumeur court dans la région disant qu’une bête malfaisante hante la nuit, dévorant les troupeaux et détruisant les blés. Elle aurait tué des paysans sortis nuitamment pour quelques vieux rites païens. Ma foi, le comte Marius n’y prête guère attention. Ce n’est qu’une rumeur populaire et un conte païen ! »

- « Nous autres en Cornouailles prêtons l’oreille aux contes païens et aux peurs de nos gens ! Elles en disent souvent plus long que vos litanies latines et vos dogmes romains ! »

- « Messire, du calme… Je professe la doctrine de Pelagius et non celle du pape de Rome, et je ne suis point l’ennemi des vieux rites. Mais vous conviendrez que l’imagination des pauvres gens de nos provinces s’enflamme bien vite.»

- « Hum … Certes … Bon, la nuit tombe. Allez, vous autres, en avant. Allez préparer le campement du duc et de sa bonne dame. Le salut à tous les deux. Et toi l’enfant, tu devrais être rentré chez ton père ! »

Donnant un ordre bref, le sénéchal retourne près de ses hommes. Quatre d’entre eux partent en avant, tirant des chevaux chargés de grands sacs de toile. Les autres rebroussent chemin et la bannière disparaît dans la nuit…


Rumeurs avant l'Assemblée --- Les conjurés d'Erevos

- « Es-tu prêt guerrier ? Demain est un grand jour ! »

- « Je suis prêt, ma sœur ! Mes poignets me démangent et je rêve de Lui. Nos espions ont prévenu les Chiens, et ils viendront demain porter le trouble. »

- « Tout se passe comme prévu ! Rien ne nous arrêtera ! »

- « Et la Première Sœur ? N’a-t-elle point deviné ? N’a-t-elle rien vu ? »

- « Elle n’a pas su défendre nos traditions face à ces maudits chrétiens ! Elle se taira ! Elle a besoin de nous ! »


Rumeurs avant l'Assemblée --- Les Chrétiens

- « Monseigneur, je crains pour votre vie. Ces Cornouaillais du diable et ces Saxons honnis de Dieu seront en bien grand nombre ! »

- « Allons, allons mon frère, le centurion Branwmor répond de notre protection et le prince Cadeyrn n’accepterait pas que l’on moleste un homme de Dieu. Il m’a assuré de sa dévotion et de son souci de notre sécurité. »

- « Monseigneur, on dit la forêt hantée et même frère Brodgar a convenu que l’endroit avait été fréquenté par les sorciers et les druides. Je vois quelque trame du Malin à l’œuvre dans cette affaire, et je ne comprend pas que vous, le meilleur des évêques que la Bretagne ait porté après Saint Germain, consentiez à répondre à la convocation de cette reine des sorcières qui forniquent la nuit au milieu des serpents ! »

- « Le service et la gloire de Dieu usent parfois de chemins détournés, frère Thadéus, vous devriez le savoir, vous tout particulièrement ! Un grand dessein nous attend au milieu même des païens et des hérésiarques ! »

- « Et ce père Atwyth qui prêche l’hérésie, qu’allez-vous en faire ? On le surnomme déjà l’évêque des Gallois. »

- « Il suffit Thadéus ! Je vous ai déjà interdit de prononcer ce nom devant moi ! »

- « Pardonnez-moi, Monseigneur, je n’ai à cœur que le service de notre Sainte Mère l’Église. »

- « Je sais Thadéus, je sais… Jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour la gloire de Dieu ?»


Rumeurs avant l'Assemblée --- Les Faës

- « Les mortels s’agitent dans l’île, mon frère. Et l’Ombre grandit autour de nous ... Crois-tu qu’ils réussiront à passer cette fois ? »

- « J’ai entendu le Roi parler avec la maîtresse d’Avalon. Ils passeront, sois-en sûr, et cette fois nous ne laisserons pas passer notre chance. »

- « J’ai senti mon serviteur hors des tertres, il attend mon appel ! »

- « Cela est bien, qu’il se tienne prêt… »


CHRONIQUES

Echos après l'Assemblée --- Les Voyageurs d'Orient

Le navire oriental glisse sur les eaux silencieuses du golfe cantabrique. Le soleil dans les brumes matinales finit de dissiper les derniers lambeaux de nuit. A la poupe, Hiram, Achab et Noukta se préparent à abandonner à la mer la fabuleuse Tiare de Salomon. Après une dernière prière à Bel, Hiram laisse sa Tiare à l’océan.

- « Le dernier héritage de mes ancêtres est maintenant à jamais perdu dans les flots de cette mer étrangère. »

- « Barbares ou non, les hommes de Brittania t’ont bien servi, leur étain garnit maintenant nos cales, et nous restons maîtres des routes commerciales. Même si leurs rois trépassent, les accords marchands brillamment conclus resteront effectifs. Belisarius sera content, Carthage resplendira de nouveau.»


Echos après l'Assemblée --- Humtab le démon, serviteur de Baal

Bien loin de là, sous un chêne desséché, une forme noire observe à l'horizon l'Ile Sacrée, perdue dans son manteau de brume.

Telle une ombre silencieuse planant sur l’Assemblée, il avait joué avec ces humains si facilement manipulables. Sans la Tiare, personne n’aurait pu détourner la puissance de son dieu réincarné, ce dieu qui à présent était retourné dans sa prison de marbre. Mais les hommes avaient négligé de le dissiper, lui, Humtab, ombre parmi les ombres, son fidèle serviteur ; ils avaient même fait assassiner cet évêque dont il redoutait tant le pouvoir ! A présent, ses yeux brillaient d’un éclat jubilatoire en sentant, par delà les mers, la Tiare s’enfoncer dans les flots.

Plus personne ne pourra s’opposer à son maître lorsqu’il sortira de nouveau.

Reste le Périapte, détenu par les prêtresses, là-bas au cœur des brumes… S'il a attendu presque un millénaire, Baal a prouvé qu'il était patient...


Echos après l'Assemblée --- Vortigern, usurpateur du trône de Bretagne

- " Ainsi même Cadeyrn me trahit ! ...

J’ai lu ton rapport … ce furieux de Vortimer avait tout manigancé. La vieille folle d’Avalon ne devrait pas se mêler de politique, je ne le permettrai pas. Ils se sont tous ligués contre moi, mais je ne les laisserai pas faire ! Ils ont élu, dis-tu, – laissez-moi rire – un nouveau roi, un fier à bras inculte de gallois sans aucune expérience politique. Ils prétendent, ces roitelets enflés d’arrogance, gouverner la Bretagne à leur guise alors qu’ils ne savent pas même tenir leurs propres terres. Ils croient pouvoir négocier avec mes Saxons et se passer de mon avis et de celui d’Hengist ! Morlo, dis-moi Morlo, sont-ils tous devenus fous ! "

- " Votre majesté … ils n’ont plus aucune considération pour votre nom. Notre délégation toute entière fut malmenée rien qu’à la vue de nos couleurs. Quant à Cadeyrn, j’ai fait mon possible mais il semble que son parti était pris depuis longtemps déjà et qu’il avait su cacher ses pensées… Les espions ont mésestimés l’ampleur de la rébellion : le parti breton et païen a rassemblé de nouveaux partisans et l’on parle même du retour des frères de Constant … Majesté, ils disent que c’est vous qui êtes … fou. "

- " Qui ose !? … Morlo, viens … J’ai décidé de la construction d’une forte tour sur la rivière et les meilleurs architectes de Bretagne sont là pour l’édifier. J’y mettrai quantité de vivres et une garnison nombreuse … j’en ferai la place la plus forte de Bretagne. Et de là, assuré sur mes arrières, j’irai remettre l’ordre royal par le fer et le feu, je noierai ces rebelles infâmes dans le sang de leurs propres enfants ! JE FERAI A NOUVEAU RESPECTER LE NOM DE VORTIGERN !!! "


Echos après l'Assemblée --- Owain de Bretagne

C’était le cœur de la nuit. Il était resté seul dans la pénombre solitaire de la grande salle de banquet d’Eburacum. Assis sur son trône, Owain de Bretagne méditait et remuait en son âme ses doutes et ses espoirs. La sincérité et la pureté de sa cause et de son engagement pour la Bretagne lui donnait des forces en ces heures sombres, alors que l’union apparente des princes lors de l’Assemblée cédait peu à peu la place à une situation politique épineuse et troublée.

Certes, il avait été élu et bien élu et il savait pouvoir compter sur le soutien et l’influence morale d’Avalon et d’Anwynn, certes les Galles du Sud s’étaient rangées sous sa bannière, et le Faucon de Gwyned, ce grand champion, l’avait assuré du soutien des Galles du Nord, certes le puissant parti cornouaillais avait tenu ses engagements de se ranger à ses côtés, et les Saxons même semblaient contents des accords conclus … Certes …

Mais les chrétiens grinçaient des dents devant cette offensive païenne sans précédent, et l’assassinat de l’évêque Sévère faisait maintenant hurler toute la noblesse chrétienne contre les Gallois qui lui devaient protection…

Et l’Eglise commençait déjà à répandre la légende du martyr de Sévère aux mains des païens…

Et Vortigern qui attisait en sous main mille rumeurs et complots depuis le chantier de sa puissante forteresse, et les Saxons qui se comportaient chaque jour avec un peu plus d’arrogance et prétendaient faire débarquer des milliers d’hommes en armes – pour combattre les Pictes répétaient-ils avec ce sourire narquois - et les Pictes, inexorables, qui avançaient vers le sud, et que l’armée unifiée qu’il dirigeait ne contenait qu’à grand peine…

Au milieu, Vortimer demeurait une énigme : il rameutait ses partisans sans vraiment dire où était sa réelle position, et il avait même réussi le tour de force de rallier Cadeyrn de Pengwern à sa cause. Déjà, on disait que dans le Sud, les deux frères rassemblaient une armée, qu’ils avaient mystérieusement réussi à équiper de bon acier. Déjà, plus d’un seigneur se levait derrière eux lorsqu’ils disaient qu’ils tueraient les Saxons de Bretagne jusqu’au dernier…

L’homme franc et droit qu’Owain avait été se révoltait devant tant de complications, il n’était pas né pour régner mais pour combattre ! Et pourtant, les Fées, les rois de l’ancien temps, avaient discerné en lui l’étincelle, la force, l’autorité et l’avaient fait roi. Cette charge serait celle de la guerre, des compromis, des intrigues de cours et des espions … le manteau du pouvoir était décidément étouffant !

Vortigern, Vortimer, les jeunes Emrys et Uther, Claudius Maximus, Ewyas, Valérian Fargog, Hengist, Octa, le Ceint, le Mur, les Scots, la flotte de Lyonesse, Madder Akka … les noms et les images tournaient dans son esprit, en une ronde sans fin, une litanie grave et pesante. Mieux valait ne pas penser à tout ça pour le moment, se concentrer sur les Pictes dont la menace rassemblait tout le monde dans cette alliance militaire qu’il savait aussi éphémère que la feuille de chêne, une fois venu l’automne…


Echos après l'Assemblée --- Le Consul Claudius Maximus

- " Il était pourtant mort et bien mort ! Là, à mes pieds dans la tente … son sang avait coulé sur mes sandales. Mais je suis sorti un moment, alors que les premières délégations quittaient la maudite forêt … et il n’était plus dans la tente.

A-t-il réussi à ramper, est-on venu le chercher ? Il devrait être mort, ce n’est pas possible de survivre à de telles blessures ! Dieu nous a joué là un méchant tour en épargnant à ce diable de Vortimer la fin que je lui réservais et en emportant ce pauvre Sévère dans l’indignité d’un assassinat cornouaillais.

Peuh, nos évêques ont déjà trouvé là un nouveau martyr de la cause : le bienheureux Sévère, massacré par les païens lors d’une sainte mission d’évangélisation ! Voilà qui ne manquera pas de ramener de nouveaux fidèles… et puis les pèlerinages sont une bénédiction, surtout pour le commerce !

Mais maintenant, que faire ? Ewyas se retrouve en bien étrange position et entouré de voisins bien troubles.

Vortigern réagira, c’est bien sûr mais saura-t-il reprendre la main ? J’en doute. Allons, il suffit, assez courbé l’échine, assez de guetter la faveur capricieuse d’un souverain, Vortigern, Owain ou un autre. Ewyas est à moi et ma faveur et ma force seront mon bouclier et mon glaive. Je saurai chasser la peste de ma cité comme je l’ai chassée de mon corps, et j’armerai mes soldats de nouvel acier. Mes anciens légionnaires, ma garde prétorienne me suivront !

Et alors, on verra qui osera me disputer le trône qui est le mien ! Owain ne saurait soutenir le jeune Valérian et lever des troupes contre moi alors qu’il a tant besoin de l’or d’Ewyas pour armer ses guerriers contre les Pictes. Quand à Cornouailles, ma foi, on dit que les Saxons arrivent en nombre plus grand que prévu… Le duc pourrait n’être bientôt plus un souci…

Et si je pouvais… de l’Autre Côté… la Pierre, il me reste la Pierre. On dit qu’elle a bien d’autres vertus que celles de la panacée… "


Echos après l'Assemblée --- En Cornouailles

La guerre désormais était imminente, Lena le savait. Dans l’un des jardins de la forteresse de Tintagel, la duchesse de Cornouailles regardait son jeune fils Gorlois jouer avec des enfants de son âge. Lorsqu’il sera duc, connaîtra-t-il enfin la paix ?

C’est demain que son époux Urbain, à la tête d’une armée comme jamais Cornouailles n’en avait rassemblée, devait partir vers le Nord, vers le front.

Son sénéchal Sire Durdan avait passé la main, et c’est désormais Sire Ermor de Penryn qui mènerait les combats. Sire Venantius, débarrassé de ses cauchemars, et Sire Rudnir, tout nouveau chevalier, seraient aussi du voyage.

Qu’allaient-ils y rencontrer ? Les Pictes seraient-ils leurs seuls ennemis, ou bien tout ceci n’était-il qu’une machination de plus, ourdie par Vortigern ou par les Saxons, dans le but de faire courber l’échine à la fière Cornouailles ?

Lena était inquiète face à cet avenir incertain. Mais depuis l’Assemblée de la Morrigane, une lueur d’espoir s’était allumée en elle : la réalisation d’une prophétie qui disait que le fils premier né de la jeune Ygerne, fille adoptive de la Dame du Lac, serait un jour Haut Roi de Bretagne, et que tous les princes enfin unis se rangeraient sous sa bannière frappée du Dragon… Et c’est grâce à elle, Lena, que la main d’Ygerne avait été promise à son fils Gorlois. Et cette pensée la réconfortait.

Un peu plus haut, perché dans une tour, le druide Laog le Lointain contemplait l’horizon. Au-delà de l’océan gris acier et de ses vagues blanches d’écume, le soleil descendait derrière de sombres nuages noirs qui s’amoncelaient, annonçant une tempête sur la Mer d’Irlande. Cornouailles, il le savait, aurait bientôt un rôle capital à jouer dans la page d’histoire de la Bretagne qui était en train de s’écrire. Mais il savait aussi que cette page serait écrite en lettres de sang.


Echos après l'Assemblée --- Luonnotar, prêtresse d'Erevos

- " Le Comte a été bien magnanime à mon égard : m'enfermer dans un monastère humide, entourée de ces infectes nonnes… A-t-il été assez naïf pour croire que mes pouvoirs seraient insuffisants pour m'échapper ? "

- " Le Dragon ne m'a pas abandonnée. Bientôt, je partirai pour les terres pictes, puisqu'Avalon m'a rejetée. Je saurai bien me faire accepter de ces hommes, qui seuls respectent encore le message des Anciens Dieux !

Je prendrai leur tête, et nous déferlerons sur la Bretagne en une vague irrésistible de chaos et de flammes. Et je ramènerai le culte d'Erevos dans l'île sacrée.

Foi de Luonnotar ! "


Echos après l'Assemblée --- Les Saxons

Les embruns marins n’arrivent pas a dissiper les effluves putrides des marais de Caher Colum. Hengist et son jeune frère Octa contemplent la baie depuis un promontoire rocheux sur la berge. Sortant silencieusement des brumes nocturnes, émergeant des roseaux sous la froide clarté lunaire de cette nuit d'hiver, deux barges s’avancent dans l’embouchure du fleuve vers leur havre secret.

- « Avec ces deux derniers navires, cela fera deux cent cinquante hommes pour cette nuit. Nos quelques barges restant au large peuvent à présent poursuivre leur route vers le nord et rejoindre sire Owain et ses alliés pour aller combattre sur les marches pictes, conformément aux termes de l'accord conclu. Le nouveau roi n’a aucune idée de ce que nous préparons dans nos marais. »

- « Ni l'autre roi d’ailleurs. »

- « Vortigern a bien d’autres chats à fouetter ; la tension était vive lors de l'Assemblée, et nul doute que l'affront qu'il a subi provoquera une guerre civile telle que la Bretagne n’en a jamais connu. Nous nous occuperons alors du vainqueur. Notre peuple agonise sur le continent ; notre emprise est maintenant trop forte pour que nous perdions pied ici. L’accord passé avec les délégations sera tenu : les terres arrachées au Pictes nous reviendront de droit. Le vieux forban n’aurait pas rêvé mieux : il s’offre des hommes avec des terres qui ne lui appartiennent pas. Mais pour chasser quelques rats, il vient d'ouvrir en grand la porte de sa bergerie aux loups saxons. Nous marquerons ces terres de notre empreinte et, que nous périssions ou que nous triomphions, les Bretons se souviendront de notre nom.»

- « Nous vaincrons ! Les Bretons sont désunis et nous craignent. De cela au moins je suis sûr. L’assemblée de la Morrigane m’aura appris cela : ils nous craignent et leurs dissensions sont telles qu’ils se déchirent encore entre eux sous notre nez. »

- « A propos, Vortigern exige une punition pour ta participation à l'élection de Sire Owain… Je pensais t’envoyer, pour la peine, combattre les Pictes en Calédonie avec l’armée du Nord... »

Les deux hommes partent alors d'un rire clair sous l'oeil bienveillant de Taufnir, l'étoile de Wotan.


Echos après l'Assemblée --- En Lyonesse

- « Meliodas mon époux, je vous trouve l’air bien mélancolique. Pourtant tout s’est bien passé en Cernyw. Le démon qui attaquait l’Autre Monde a été de nouveau enfermé, le maléfice qui rongeait nos côtes est maintenant dissipé, et nous avons renoué le dialogue avec nos cousins Bretons. Pourquoi donc cet air triste ? »

- « … Un songe, moins qu’un rêve mais plus qu’une sensation… Pour nous autres Celtes, la terre appartient au roi mais le roi appartient aussi à sa terre. Et, au plus profond de mon corps, je sens que les Cassitérides se remettent difficilement du maléfice du Moloch. Tout n’est pas fini. »

- « Que pourrait-il bien nous arriver, mon seigneur ? Notre fille Blanchefleur est délivrée du démon et c’est Manawiddan en personne qui l’a acceuillie en son royaume pour la protéger. L’ombre qui obscurcissait son cœur s’est dissipée, et toute la cour fêtera bientôt son mariage bienheureux avec le sire de Parménie. »

Sur ces paroles encourageantes, Elisabeth se retire pleine de joie. Son époux la suit, l'air sombre… Il s'arrête devant une fenêtre du palais. Au dehors, une tempête hivernale se déchaîne, et les vagues fouettent les remparts blancs de Lyonesse.

- « Non, décidément, je n'arrive pas à me convaincre que tout soit fini...»


Echos après l'Assemblée --- De l'Autre côté

Pendant quelques temps, Awen crut revivre le Temps Sacré, celui des anciennes légendes du Peuple de Dana à l'époque d'Erin la Verte.

Tout le peuple d’Anwynn s’était rassemblé. De Tir-fo-Thuinn, par delà les frontières de la Terre des Hommes, vinrent Manawyddan et Rhiannon, accompagnés d’une suite somptueuse de nymphes et d’esprits des Eaux, vêtus des plus beaux atours du Pays sous la Vague. Ils rendirent un dernier hommage au Roi Arawn qui s’était retiré dans les Limbes, et saluèrent le nouveau souverain d’Anwynn, Nelmanach le Roi des Sources.

A l’aube, alors que s’éteignaient les derniers feux de la fête, que le silence était revenu sur le tertre d’Anwynn, et qu’une brume dense commençait à se former dans les chemins creux, Awen s’enveloppa dans son manteau et traversa les bois. Elle se rendit dans la clairière où les dernières braises du bûcher funéraire du Roi-cerf rougeoyaient encore.

Un étrange sentiment de joie mêlée de peine l’habitait. Et, pour la première fois de la journée, elle pleura.

Ses larmes cristallines roulèrent sur ses joues et crépitèrent sur les charbons ardents. Mais bientôt elle cessa de pleurer : là, au milieu des braises, à l’endroit où ses larmes étaient tombées, une jeune pousse de frêne venait d’apparaître.