Les Ages Sombres


LE CHRISTIANISME DES AGES SOMBRES

CHRISTIANISATION DE L'EMPIRE ET DE LA BRETAGNE (brève histoire)

L'Empire romain devient définitivement chrétien sous Théodose Ier (379/395), qui par ses lois de 391/392, combattit le paganisme, interdit son culte, ferma ses temples et fit du christianisme la religion officielle de l'Empire.


Marullinus Astromorphis (à gauche), Pater Suus des Mystères de Mithra,
et ses adeptes ... dernière survivances des anciens rites de la Rome païenne
où syncrétisme audacieux des anciens cultes et du christianisme ?

Les IVème et Vème siècles sont marqués par de nombreux conflits doctrinaux : querelles christologiques nées des hérésies apollinariste, nestorienne, monophysite, monothélite ; ainsi que la querelle du pélagianisme sur les rapports de la grâce et de la liberté.

Ces querelles sont réglées par la réunion de conciles (assemblées des évêques) qui déterminent la doctrine officielle et condamnent les points litigieux comme erronés et hérétiques ; et par des " disputes " (discussions théologiques) entre les représentants des hérésies d'un côté et de grands évêques catholiques de l'autre.

NB : Attention au comportement des ecclésiastiques en jeu, l'époque n'est absolument pas celle des bûchers, inquisiteurs et autres formes violentes de l'absolutisme catholique. Tout se règle par des affrontements oraux, théologiques et charismatiques contradictoires, avec pour les évêques catholiques le soutien doctrinal et moral des Conciles et, en général, du pape.

Le pape actuel est Hilaire depuis 461.


QUELQUES CELEBRES SAINTS DE BRETAGNE AUX 4ème ET 5ème SIECLES

Saint Alban, premier martyr de Bretagne
Saint Alban fut martyrisé à Verulamium (qui devint Saint Alban après sa mort), sans doute durant les persécutions de Dioclétien (fin IIIème siècle). Ayant accueilli dans sa maison un prêtre qui fuyait ses ennemis, Alban fut si impressionné par la bonté de son hôte qu'il écouta ses enseignements et se convertit au christianisme. Peu de jours après, il fut connu qu'un prêtre se cachait dans la maison d'Alban, et des soldats furent envoyés pour le capturer. Mais Alban revêtit les habits du prêtre et se rendit de lui-même pour être jugé et exécuté à sa place.

Saint Germain l'Auxerrois, combattant de l'hérésie pélagienne
L'installation de l'hérésie en Bretagne nécessita la visite, en deux occasions, de l'évêque Germain d'Auxerre pour combattre l'extension des enseignements pélagiens. Appelé d'abord en 429 par les évêques de Bretagne pour combattre les hérésiarques qui corrompaient la Foi, il ridiculisa les représentants des hérétiques, Agricola et Fastidius, lors de la controverse de Verulamium. Il revint en 447 en compagnie de l'évêque Sévère de Trèves, et poursuivit son œuvre en prêchant et en installant de nombreuses écoles pour le clergé catholique. A cette occasion il aida les Bretons a obtenir une grande victoire sur les Scots (victoire d'Alleluia). Il mourut en 450 à Ravenne, et son corps fut rapatrié à Auxerre pour être enterré dans l'oratoire de Saint-Maurice.

Saint Sévère de Trèves, évangélisateur des Galles
D'abord compagnon de Saint Germain, l'évêque Sévère devint, après la mort de ce dernier le principal adversaire de l'Eglise pélagienne de Bretagne. Basé à Aqua Sulis, il mena de nombreuses luttes contre les foyers de pélagiens à travers les Galles, là où ils étaient les plus nombreux.


L'Evêque Sévère avant son martyr dans la sinistre forêt de la Morrigane

En l'an 455, c'est au cours d'une de ses missions d'évangélisation qu'il tomba sous les coups de brigands qui vénéraient les dieux païens. Mais, loin d'arrêter sa mission, sa mort marqua profondément la population locale, qui en fit un martyr de la foi et réclama sa canonisation au Pape Léon 1er. Depuis, les pèlerins viennent en masse se recueillir sur sa tombe, dans la forêt de la Morrigane. On attribue à ses reliques un pouvoir miraculeux, et plusieurs de ses os furent envoyés aux quatre coins de Bretagne. Le martyr de Saint Sévère fut ainsi à l'origine de la reconversion massive des Gallois à l'orthodoxie romaine, et contribua largement au déclin du pélagianisme en Bretagne.

Saint Patrick et la christianisation de l'Irlande

Saint Patrick, patron des Irlandais, serait né en Ecosse ou au Pays de Galles, vers 385. Vers 16 ans, il aurait été enlevé et réduit en esclavage par des pirates Scots, durant 6 années. Il vécut en Irlande comme berger jusqu'à l'âge de vingt ans, puis devint chrétien. Un jour, après une apparition de Dieu en personne qui lui conseilla de fuir pour regagner sa terre natale, il retourna chez les siens, mais se rendit compte qu'il ne se sentait plus chez lui.

Il voyagea beaucoup pour finalement se retrouver en Irlande où il s'installa définitivement ; il se convertit à la vie religieuse. D'abord prêtre puis évêque, sa mission consistait à initier son pays au catholicisme. Il parvint à convertir le roi, puis fit construire de nombreux monastères, des églises, et forma des apôtres à poursuivre sa mission. Après avoir rencontré le Pape, il fonda son propre évêché à Armagh, cité devenue centre catholique de l'Irlande. Après avoir évangélisé l'Irlande à partir de 432, il mourut le 17 mars 461.


GENERALITES SUR LES ECCLESIASTIQUES

La frontière entre monde laïc et clergé est assez mal définie. Nombre de tonsurés passent facilement d'un état à l'autre. A l'intérieur de l'Eglise, une hiérarchie se retrouve : l'évêque, l'abbé sont de puissants seigneurs et la terre qu'ils administrent est vaste. Ils ont pour les servir et les défendre de nombreux laïques sous leurs ordres.


Parfois les évêques se font missionnaires et pour la gloire de l'Eglise risquent leur vie au milieu des barbares païens ...

Sur le plan local, le véritable pouvoir se partage entre l'évêque et le comte. Bien que le comte dispose des pouvoirs judiciaires et militaire, c'est souvent l'évêque qui " gouverne " la population. Il assure l'administration de son diocèse, organise les très nombreuses cérémonies et processions, protège et entretient les tombeaux des saints, que de nombreux pèlerins viennent visiter. Avec l'argent des puissants, inquiets pour leur Paradis, il fait construire de nouvelles églises.

Au cœur des forêts désertes, les moines défrichent et construisent de leurs mains leurs monastères. A l'intérieur, outre les bicoques des moines, on trouve un parloir ou ont lieu les visites et où se terrent les excommuniés, l'hôtellerie qui accueille les voyageurs, l'oratoire et le cloître pour les prières et les méditations. En dortoir ou dans sa cellule individuelle, chaque moine possède une paillasse où il dort tout habillé car il doit se lever plusieurs fois dans la nuit pour chanter des prières. Dans le grand réfectoire, tous mangent silencieusement pour entendre la lecture de l'Évangile. Avec le pressoir, le moulin, les bâtiments agricoles, les granges, l'abbé règne souvent sur une petite ville et les vastes terres environnantes.


L'HERESIE PELAGIENNE
Pelagius (v.380-420) est un Breton qui a passé de nombreuses années à Rome puis en Orient. Il n'est jamais revenu en Bretagne, mais sa doctrine y a été accueillie avec beaucoup de sympathie.

Mise hors la loi par l'Empereur Honorius, la doctrine pélagienne s'opposait aux positions d'Augustin (futur St Augustin) qui jouissaient d'une large faveur au sein de l'Eglise. En résumé, Augustin enseignait que l'homme est pêcheur par nature et que sans la grâce divine ses péchés le conduiraient droit à la damnation éternelle. Le Salut ne pouvait venir que de la Grâce de Dieu, ainsi que l'avait personnifié la personne et le sacrifice de Jésus-Christ. La Grâce de Dieu dépendait du seul bon plaisir de Dieu et seuls les élus pourraient ainsi obtenir le Salut.

Pour Pélagius, cette doctrine impliquait que Dieu ne sauvait que des individus spécifiquement choisis par lui et que ceux qui étaient écartés de ce choix étaient de toute façon condamnés quels que soient les efforts accomplis. Pour lui, cette doctrine était cruelle et arbitraire, et basée sur l'idée d'un Dieu capricieux et hasardeux. En réponse, sa doctrine disait que l'homme naît bon et exerce un contrôle sur sa propre destinée. Il déniait la doctrine du péché originel et par extension, la nécessité et l'efficacité du sacrifice du Christ sur la croix. Pour lui, l'homme avait la possibilité de se conformer aux commandements divins et de trouver une perfection personnelle en menant une vie exemplaire d'austérité et d'ascétisme. Cette doctrine s'oppose donc de façon nette des canons du catholicisme, qui stipulent que, sans la grâce divine, il est absolument impossible d'agir de bonne façon et d'obtenir le pardon de Dieu.

Le pélagianisme est condamné par le Concile de Carthage en 418, avec l'approbation du pape Innocent Ier et le soutien de l'Empereur Honorius. Le concile d'Ephèse répète en 431 la condamnation et décide de mettre un terme à l'hérésie.